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Les prisonniers
allemands dans la Bataille du Charbon
Vue d’une partie du camp d’Erbisoeul En 1945, le
camp principal des prisonniers allemands se trouvait à Erbisoeul
sur un terrain appartenant au Prince de Croÿ dans la
commune de Jurbise dans le Hainaut. Sur les 64.000 prisonniers de guerre en
Belgique, 52.000 y séjournèrent. Les plus aptes aux travaux durs n’y restèrent
que peu de temps, le temps d’être sélectionnés pour travailler principalement
dans les mines belges mais aussi dans les fermes et forêts. Il fallait gagner
la bataille du charbon en relançant l’exploitation de nos mines pour retrouver
la production d’avant-guerre. Cet objectif fut atteint grâce aux prisonniers
allemands dont beaucoup s’improvisèrent en mineurs. Une organisation logistique
importante fut créée pour gérer un nombre important de prisonniers détenus
d’abord par les alliés puis confiés à la Belgique. Il fallut construire des
camps (35 camps dans les bassins houillers, cinq camps forestiers) et
réaménager le camp principal d’Erbisoeul laissé par
les Américains). En outre, il fallait assumer la garde des prisonniers dans
ceux-ci et dans les lieux de travail. Tout cela n’alla pas sans mal.
Situation des camps Il y eut
beaucoup d’évasions et des problèmes d’intendance pour fournir assez de calories
à tous ces travailleurs. Ce fut le major-général Brabant qui réussit en
quelques semaines à mettre en œuvre toute la mise au travail des
prisonniers. Ce travail obligatoire des
prisonniers dura jusqu’en mai 1947, date à laquelle les libérations commencèrent
en raison de 10.000 prisonniers par mois jusqu’en octobre. Entre novembre 1945
et novembre 1946, un tiers du charbon fut sorti des mines belges grâce aux
prisonniers. Bien évidemment le travail forcé qu’ils eurent à subir en Belgique
fut pénible mais un certain nombre d’entre eux choisirent de rester en Belgique
après leur captivité. En janvier 1948, on en comptait près de six mille !
Les mineurs prisonniers libérés seront remplacés en grande partie par des
Italiens. A Erbisoeul, le camp contenait un hôpital aménagé par les
Belges et qui comptait 15 baraquements pouvant héberger 700 malades ou blessés.
Le staff médical comptera jusqu’à 22 médecins dont des médecins allemands. Les
malades de l’hôpital souffrent d’un manque de nourriture. Jusqu’en juillet 1946,
la ration alimentaire des malades ne possédait qu’un peu plus de 1.000
calories. Après cette date la ration sera heureusement portée à 2.000 calories.
Entre septembre 46 et janvier 46, 2.200 prisonniers seront admis à l’hôpital
provenant de tous les camps. Les maladies respiratoires règnent en maître car
les logements des prisonniers sont des tentes hiver comme été. En outre le
régime alimentaire des prisonniers à Erbisoeul est
nettement insuffisant par rapport aux camps miniers où les prisonniers
bénéficient d’une nourriture plus abondante. Les vêtements manquent aussi, et
en hiver, on constate que seul un quart des prisonniers dispose d’un
manteau ! Rappelons qu’entre septembre 45 et janvier 46, le camp contient
20.000 prisonniers à nourrir, à soigner, à vêtir. Les conditions de vie du camp
sont donc spartiates mais les Belges tentent d’y remédier. Le 12 juin 1946, le
général Désoil, suite à une visite du camp par la
Croix-Rouge, décide de quatre mesures : le rapatriement des prisonniers inaptes,
l’envoi d’un maximum de prisonniers dans les fermes des environs,
l’amélioration de l’hôpital et l’amélioration du régime alimentaire. Le travail
dans les mines est éprouvant. L’horaire en dit long : lever à 02heures,
départ à 03H30 pour le site minier et retour au camp à 17H00. Les jeunes
Allemands apprennent le métier sur le tas. Ils disposent de logements sous
forme de baraquements contrairement au camp d’Erbisoeul
et sont gardés par l’armée belge. Dans les fosses, jusqu’en 1946, ils descendent
dans la mine sans chaussures et sans casques de sécurité ! Ils reçoivent
un salaire sous forme d’une prime de rendement.
Prisonniers Mineurs allemands du camp d’Hensies Le moral des
prisonniers souffre de leurs conditions de vie surtout au camp d’Erbisoeul : ils ne connaissent pas la durée que
prendra leur captivité, ils n’ont aucune nouvelle de leurs familles vu le chaos
régnant en Allemagne après la guerre. Ils ne peuvent envoyer du courrier qu’à
partir de novembre 45 et les réponses ne parviendront qu’en janvier 46, neuf
longs mois après la fin du conflit !
En mars 46, seuls 50% des prisonniers ont reçu des nouvelles de leur
famille. A partir du 20 décembre 46, ils pourront envoyer des colis de vivres à
leur famille via l’Y.M.C.A. (Young Mens’s Christian
Association), geste qui prouve à suffisance la souffrance de l’Allemagne à sa
reddition. Il n’est pas
étonnant qu’un nombre important de prisonniers essaye de s’évader. Pour tous
les camps belges, il y eut 3.913 tentatives d’évasion de juillet 45 à juillet
47. 1.905 prisonniers seront repris. Plus de deux mille prisonniers réussissent
donc à s’évader. Habituellement les évasions ne se font pas à partir des camps
mais à partir des lieux de travail. Ainsi un moment propice est souvent lors de
la remontée de la mine. L’aspect des prisonniers dont le dos de la veste,
marqué par les lettres PG ou POW, est couvert de suie ne diffère plus très
distinctement des mineurs belges d’autant que leur lampe particulière avec un
filet coloré peut être échangé avec un ami belge. Le passage d’un prisonnier
dans le groupe des mineurs libres est donc assez facile. Quelques
évasions en groupe seront spectaculaires comme celle survenue au camp de Tertre
le 9 septembre 1946 où 48 hommes s’évadèrent grâce à un tunnel creusé depuis
leur baraquement ! Les camps les plus propices aux évasions furent ceux
qui étaient proches de la frontière allemande comme à Elsenborn,
camp forestier ou sur 350 prisonniers, 99 s’évadent. En 1946, une évasion
spectaculaire est relatée : on capture en Belgique des prisonniers
allemands évadés de Finlande ! Ils étaient débardeurs de bois au camp de
Vassa (sur la Baltique) et parvinrent à s’embarquer dans la cale d’un cargo
français jusqu’au Havre où ils arrivèrent le 21 mai 46. Ils parviennent ensuite
à Verdun en camion avant d’être repris en Belgique ! Certains
prisonniers s’établirent en Belgique après leur libération et continuèrent un
travail de mineur comme Erwin Kosaczyk dont la guerre
lui fit connaître trois continents ! Incorporé dans l’Africa
Korps, il est fait prisonnier à Tobrouck
en Lybie. Acheminé en Angleterre, il sera transféré ensuite aux Etats-Unis où
il travaillera dans des plantations de coton avant d’être envoyé en Belgique
pour devenir un prisonnier mineur à Quaregnon. Libéré en 1947, il restera
mineur et décèdera en 1987 de la silicose.
Sur cette photo, Erwin Kozaczyk entouré de deux camarades belges. On remarque la pauvreté des équipements de sécurité ! En fin de ce
petit article, je me dois d’y faire figurer Ferdinand Moreau qui fut l’un des
aumôniers catholiques du camp d’Erbisoeul. Par après,
para commando, il participa à la guerre de Corée puis devint l’aumônier et
professeur de religion de l’Ecole Royale des Cadets. Il fut l’un de mes
professeurs, dans cette Ecole Royale, pendant trois ans entre 1967 et 1970. Le Padre Moreau était un adepte de Teilhard de Chardin. Lui,
qui connaissait très bien les misères de la guerre restait malgré tout
convaincu que le monde évoluerait finalement vers son point oméga, terme d’une
humanité totalement en paix.
Ferdinand Moreau Quant au
site du camp d’Erbisoeul, il n’en reste plus que
quelques traces dans une nature qui l’a recolonisé.
Des arbres et quelques dalles en béton, voilà tout ce qui reste de l’un des plus gros centres d’internement construit en Belgique Conclusion :
Les prisonniers de guerre allemands (Remarquons que les anciens S.S. furent exclus
des camps de travail) permirent aux Belges de gagner la bataille du charbon. Il fallut beaucoup
de temps pour se rappeler de ces jeunes hommes qui furent obligés de travailler en sabot dans nos mines !
On doit à Pierre Muller et Didier Descamps de nous avoir raconté, en 2019, leur quotidien en Belgique et
cela dans un magnifique livre très bien documenté intitulé « Les barbelés de la vengeance ? ».
En outre, les deux auteurs répondent de façon négative à la question soulevée par le titre de leur ouvrage.
Ils apportent en effet de nombreuses preuves que les Belges traitèrent le mieux qu’ils le pouvaient
les prisonniers compte tenu des dures conditions de vie éprouvées par tous les belges dans les mois
qui suivirent la fin de la guerre.
Dr P. Loodts
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